Par TwogFr 06/06/2019

3 questions à @MsieurLeProf sur les menaces de grève pour le bac !

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Alors que le bac approche, plusieurs enseignants menacent de faire grève de surveillance lors du premier jour. Sur Twitter @MsieurLeProf nous en explique les raisons :

 

Peux-tu nous expliquer quelles sont les raisons de cette menace de grève ?

 

C’est assez complexe, mais en gros la raison première c’est une revalorisation du traitement des enseignants. Cela fait depuis 2010 que le « point d’indice » est gelé. Qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? Que notre salaire n’augmente pas, tandis qu’avec l’inflation, tout le reste (loyer, électricité, nourriture…) augmente. Donc depuis 2010, plus on a d’années d’expérience et plus, petit à petit, on perd du « pouvoir d’achat ».

Donc ça c’est le premier point, autour duquel se sont fédérés, dans le sillon des « Gilets Jaunes », les « Stylos Rouges », sur Facebook. C’est un groupe de profs qui voulaient réclamer une hausse de leur salaire. Parce que jusqu’à présent, les mouvements divers, c’était pour protester contre les réformes qu’on nous impose sans jamais nous concerter, qui ne sont pas cohérentes, qui fragilisent les acquis des élèves, et qui ont pour seul but de faire faire des économies à l’état.

Mais à force de défendre les élèves, on fait des concessions, et on ne se défend pas nous-mêmes, et y’a un moment où on dit stop, et où on ose enfin demander un salaire à la hauteur de notre travail.

A ça s’ajoutent la réforme « Pour une école de la confiance », la réforme du bac et une réforme sur le statut des fonctionnaires, qui ne font que rajouter à la colère des profs, et le rejet de ces deux réformes s’est greffé à la demande principale, qui est une hausse salariale.

Le problème, à propos de ces réformes, c’est que les gens ne sont pas du tout informés. Le première réaction est de se dire que les profs ne sont jamais contents, que le bac c’est dépassé et que c’est bien de le faire évoluer. Et en théorie, ils ont raison, sauf que la réforme amène son lot de changements néfastes :

Avez-vous envie que de nouveaux postes soient supprimés, et que les classes du primaire au lycée soient encore plus surchargées qu’elles ne le sont déjà ?

Avez-vous envie que les AED/surveillants de collège/lycée aient désormais pour fonction de remplacer les profs absents et faire cours à leur place (sans pour autant que leur salaire soit augmenté, évidemment, et sans pour autant augmenter leur effectif non plus) ?

Avez-vous envie que les AESH/AVS, celles et ceux qui s’occupent des élèves handicapés ou en grande difficulté, soient encore sous-payés et ignorés, précarisés avec des CDD sans aucune perspective ?

Avez-vous envie que, sous couvert de “moderniser le bac” et d’offrir plus de choix aux élèves, on en vienne à proposer l’idée que les élèves de lycée pourront suivre des cours sur plusieurs établissements, par le CNED ou bien suivre des cours en amphi ?

Avez-vous envie que les lycées soient mis en compétition, que le bac d’un établissement n’ait pas la même valeur que celui d’un autre, étant donné qu’une bonne partie du bac sera notée en contrôle continu ?

Avez-vous envie d’une réforme focalisée sur le besoin de faire des économies, plutôt que celui d’améliorer les conditions de travail des élèves ?

Avez-vous envie d’une nouvelle baisse d’heures d’enseignement général en lycée pro, avec à la clef des suppressions de postes et une difficulté supplémentaire pour que les élèves de pro puissent continuer en BTS ?

Avez-vous envie d’une réforme de plus imposée en catimini, sans qu’on donne de réels moyens pour l’appliquer ?

Avez-vous envie que, pour respecter “l’école de la confiance”, on ne puisse plus soulever ces questions, car elles représentent une critique de l’institution, et comme chacun le sait, il faut avoir CONFIANCE car tout ce que fait l’institution est forcément bien ?

C’est ça, entre autres, qui se profile avec les différentes réformes. Et les profs qui veulent faire grève, ils n’ont pas envie de tout ça. Et ce que je ne comprends pas, c’est à quel point on nous laisse seuls face à ça, comme s’il était de la seule responsabilité des collègues de l’éducation nationale de s’occuper de l’école.

Sauf que, parents d’élèves qui me lisez, ce sont bien vos enfants qui subiront tous ces changements, alors il est de votre intérêt à vous aussi de vous engager.

Quand j’en vois certains se plaindre de ces “profs toujours en grève”, ça me hérisse les poils de barbe, car évidemment c’est par plaisir et/ou fainéantise qu’on perd une journée de salaire pour défendre les conditions de travail de vos enfants. Perso, j’ai pas de gosses, et je compte pas en avoir, si j’ai fait grève ces dernières années, c’était pas pour moi, mais bien pour les conditions de travail des élèves.

 

Mais cette menace de grève un jour de bac, n’est-ce pas ajouter plus de stress aux bacheliers ?

 

Bien sûr. Le but d’une grève, c’est de nuire au déroulement normal de quelque chose. Sauf que les grèves lors des jours de cours, ça ne gène plus grand monde.

Pourquoi ? Parce que ceux que ça pourrait le plus gêner, ce sont les parents d’élèves en école primaire, sauf qu’il y a une loi exigeant un service minimum, et les grévistes doivent se déclarer 48h avant la grève, ce qui permet à la ville de gérer en amont, pour pouvoir accueillir les élèves.

En collège et en lycée, les élèves sont plus autonomes, donc concrètement un jour de grève c’est juste une journée avec un emploi du temps avec plein de trous.
Et pendant ce temps, évidemment, les profs grévistes ne sont pas payés (retrait d’1/30 du salaire), ce qui fait faire de chouettes économies à l’état.

Cela fait depuis un moment qu’aucune grève de l’éducation nationale ne fonctionne, car les professeurs sont en général trop gentils. Ils ne veulent pas déranger, ce sont de bons élèves après tout, donc ils suivent bien les règles, ils font en sorte que leur grève ne gêne pas trop… mais c’est le principe d’une grève ! Se faire entendre !

Avez-vous entendu parler des différents jours de grève qui ont eu lieu cette année ? Je ne pense pas, pourtant y’en a eu un paquet, et ils étaient suivis. Mais les profs ne sont pas violents, ils pètent pas des banques ou des abri-bus, donc à la fin de la journée, on va parler d’eux 30 secondes et passer à la suite.

Et là, que se passe-t-il, on évoque une grève des examens, et on commence à s’intéresser à nous, c’est fou, non ?

Alors je ne sais pas comment ça va se passer pour les élèves, mais oui, ça va rajouter du stress. Tout comme en 2006, quand j’ai passé le bac, on était en plein mouvement anti-cpe et je n’ai plus eu cours à partir de Mai, et ça m’a bien fait stresser. Ben on survit en fait. Il faut se rappeler qu’il y avait un taux de 87,9% de réussite en 2017, de 88,3% en 2018 et qu’on va sûrement dépasser les 90% de réussite cette année, parce que s’il y a des problèmes, on aura comme consigne de noter très gentiment, histoire d’éviter d’avoir des problèmes avec des parents procéduriers.

D’autant plus que le bac n’est désormais qu’une formalité administrative. Le plus important dans le parcours d’un élève n’est plus le bac, mais bien Parcoursup, dont l’algorithme se base sur les notes et appréciations de première et terminale.

 

De nombreuses grèves ponctuent les relations entre les gouvernements successifs et les professeurs, n’as-tu pas peur que cela puisse lasser la population (dont une partie voit déjà les professeurs comme des privilégiés, laxistes, fainéants…) et du coup vous rendent inaudibles ? N’y-a-t il plus d’autres moyens de lutte ?

 

Comme je l’ai dit plus haut, on est déjà inaudibles, on n’a déjà plus le soutien des parents. La plupart sont de simples consommateurs, ils ne s’intéressent pas véritablement à l’éducation de leurs enfants. Il n’y a qu’à voir le nombre de rencontres parents/profs désertées, des réunions d’information sur les réformes à venir totalement vides, ou de voyage scolaire où les parents disent à peine merci alors qu’on s’est occupés de leurs enfants toute une semaine. On les aura jamais dans notre camp ceux là, on est dans une société où l’individualisme est roi, où chacun défend son morceau, où quand le gouvernement s’attaque aux cheminots, les gens les pointent du doigt en les traitant de privilégiés, où les gens qui bossent dans les hôpitaux sont complètement à bout, et personne ne vient les aider, où chacun est tellement dans la merde, qu’au lieu de nous aider entre nous, de nous soutenir, on a hâte de voir qui sera la nouvelle cible privilégiée sur qui on pourra se défouler, qui on pourra piétiner en espérant avoir un peu d’air.

C’est triste, mais c’est ainsi. Alors, comment agir ?

Avec une collègue, on a écrit un roman là-dessus, on a commencé à y réfléchir il y a 2 ans. On sentait déjà cette colère des profs qui grondait, et cette lassitude des grèves qui ne changent rien à rien. On a imaginé l’histoire du Hussard Noir, ce prof qui a tout tenté, faire grève, bloquer des établissements, en vain. Alors un jour il déboule dans une salle de classe avec un flingue, il tire une balle, rien qu’une balle, et là, toutes les caméras de France sont sur lui. Parce que la violence, ça fait vendre, ça attire l’oeil des réseaux sociaux et des caméras, parce c’est quand y’a de la casse, des larmes et du sang qu’on est digne d’intérêt aujourd’hui.

Alors la grève des surveillances, ça va pas aussi loin et c’est tant mieux. Mais c’est une manière pour nous d’arrêter d’être de bons élèves, c’est d’arrêter de rester dans le rang, et d’oser : oser faire grève des surveillances pour montrer notre détermination.

 

Commentaires 7

5 Réponses Replier
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Jcc (invité)

Le 06/06/2019, à 15:21

Quelle honte !!!!
1 million de fonctionnaires dans l'Education Nationale pour 12 millions d'élèves et pourtant le nombre de jeunes par classe est plus proche de 30 voire 35 dans certains secteurs. Que font les autres ????
4 mois de vacances / moins de 35 heures passées en établissement, sur le papier les enseignants ont tout pour être heureux. Mais à force d'immobilisme, de sectarisme et de fermeture sur le monde, leur situation est devenue difficile. Mais le monde de l'enseignement en est, il me semble, très largement responsable. En tout cas, parents et contribuables n'en peuvent plus !

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Benzofurane (invité)

Le 06/06/2019, à 17:12

Si vous croyez vraiment que les profs travaillent uniquement 35h par semaine et ne travaillent pas 4 mois pas an, c'est vous qui êtes fermé le monde.
Il y a énormément de choses à revoir dans le système d'éducation français (et je parle d'éducation au sens large, pas seulement au sein de la vie scolaire), mais pointer les profs comme uniques responsables est une belle preuve d'individualisme. C'est aussi le résultat d'une manque de recul sur la réalité de la situation et des enjeux liés à l'éducation et à l'émancipation des enfants.

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Un peu de logique (invité)

Le 06/06/2019, à 18:17

Chaque élève a en général plus d'heures de cours par semaine (de l'ordre de 30 à 40 heures) que le service d'un prof (15 à 20 heures de présence). Donc le ratio apparent de 1 prof pour 12 élèves ne peut pas se traduire par des classes de 12. (Et aussi : "four exclamation marks : the sure sign of an insane mind", clin d'œil à Msieur le Prof...)

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Mr Pich (invité)

Le 06/06/2019, à 20:05

Le problème c’est que les appellations des jours où les profs ne donnent pas cours ne sont pas les bonnes. Souvent sur deux semaines de vacances, on va travailler 5 jours, donc il ne reste qu’une semaine. Et ces jours de vacances qui restent devraient souvent être appelés des jours de « recup » si on était alignés sur les travailleurs du privé. Car certaines semaines, on peut commencer à 8h (voire plus tôt) et finir à 19h30 pour des conseils de classe et parfois après 21h pour des réunions parents-profs. Donc vous voyez, sur toutes nos « vacances » très peu en sont vraiment. Bien sûr, nous avons un mois et demi l’été pendant lequel on ne travaille en général que très peu, mais on est très loin des quatre moi évoqués précédemment, et notre salaire est très loin de valoir ce que gagnent les travailleurs du privé à bac+5 (et sans concours).

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Familledeprofs (invité)

Le 06/06/2019, à 22:57

Alors déjà 15 à 20h de présence... Non. On dirait que vous oubliez tout le temps qu’il y a les profs de primaire qui sont toujours avec leurs élèves. Ensuite aucun élève ne fait 40h de cours par semaine! Imaginez qu’ils feraient plus que les 35h réglementaires dans le monde du travail!
Et Jcc, vous ne connaissez manifestement RIEN au travail et à la vie des profs et vous illustrez parfaitement ce que MsieurLeProf dit: vous êtes aigri et vous vous complaisez dans l’ignorance.

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thierry jayle (invité)

Le 06/06/2019, à 23:29

36 semaines de cours face aux élèves et 16 semaines sans les élèves. Dans ces 16 semaines il y a 7 jours fériés soit, 1,4 semaines. Le pont de l'ascension a été imposé par les professionnels du tourisme et par les gens comme vous qui trouvent vraiment pénibles de ne pas pouvoir partir 4 jours en mai PARCE QUE LES ENFANTS SONT A L'ECOLE !!!
Sur les 13,6 semaines qui restent près de la moitié sont consacrées à la préparation et aux copies à corriger, alors on n'est vraiment pas si loin des 5 semaines (hors jours fériés !) des autres salariés
Moins de 35 heures en établissement, effectivement, un peu comme le facteur qui ne passe pas tout son temps devant les boîtes aux lettres, mais pernd le temps de trier le courrier avant de le distribuer, l'infirmière hospitalière qui ne passe pas tout son temps à faire des piqures, mais prépare les médicaments, fait des transmissions aux médecins, transmets des informations à la sécu, et tant qu'on y est le boulanger qui devrait rester au comptoir et ne prendrait plus le temps de cuire son pain, etc. etc. etc. Le boulot de prof ce n'est pas qu'être en classe ou même à l'école, c'est aussi préparer, corriger, contacter les parents, organiser l'année scolaire, etc. etc. etc.
Et pour Jcc qui ne sait clairement pas de quoi il parle, sait-il que dans un lycée un collège, une école, il y a des techniciens, des secrétaires, du personnel de gestion, de direction, etc, comme dans n'importe quelle entreprise. La remarque "que font les autres?" est aussi stupide que s'il ne comptait que les médecins dans un hôpital !!! Par ailleurs les 880000 enseignants de l'éducation nationale n'ont pas diminué d'une minute leur temps de travail quand la france entière passait aux 35 heures. Sait-il que la plupart des enseignants font des heures sup pour pallier le manque de personnel et que contrairement à tous les salariés, ces heures sont moins payées que les heures de bases ?
Alors juste pour rire, je ne sais pas quel est votre métier, mais je vous offre mon poste et mon salaire pendant un an, et après on en reparle !

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LEON (invité)

Le 03/07/2019, à 19:19

Ajoutez à tout ce qu'a déjà dit M.Le prof la suppression des options artistiques et d'autres options, par une baisse drastique de leur importance dans la note finale du Bac, et des programmes aberrants dans certaines matières, comme le français, où le prof ne peut plus choisir les oeuvres qu'il fait étudier à ses élèves, se les voit imposer par le politburo, pardon, par la rue de Grenelle. En général Nivelle (celui qu'on surnommait le boucher) des temps modernes, Blanquer est persuadé que ça va passer, quand on veut, on peut, etc. La princesse de Clèves pour les séries techno, c'est juste une affaire de bonne volonté... Même les inspecteurs sont désabusés.

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